06.05.2007
Anton Tchekhov par Bernd SUCHER
Bernd SUCHER est le critique théâtral allemand de la Süddeutsche Zeitung. Il proposa en 1999 à deux acteurs du Residenztheater de Munich une expérience inédite: présenter à ses côtés sa vision personnelle d’un auteur, dans un cadre tenant à la fois de la conférence et de la lecture mise en espace. Le succès remporté par la première séance leur valut des invitations dans différents théâtres d'Allemagne, d'Autriche, de Suisse, et persuada Bernd Sucher qu’il valait la peine de poursuivre l’entreprise.
Au fil des années, « Les Passions de Bernd Sucher » sont donc devenues une sorte de feuilleton non dénué d'humour, au cours duquel le critique se risque à son tour devant le public pour lui proposer, selon son bon plaisir, ses portraits d’écrivains du XIXème et du XXème siècles, connus et moins connus, européens ou non.
Il est ainsi venu pour la première fois aux Ateliers Berthier à Paris en 2005 offrir, en langue française, dans une traduction de Nicole Staub, sa version personnelle de la vie et de l'oeuvre d'Henrik Ibsen, comme toujours flanqué de deux comédiens complices, en l’occurrence Astrid Bas et Hervé Briaux.
Dans le cadre des manifestations organisées autour de la pièce « Sur la grand'route » d'Anton Tchekhov, à l’affiche du 23 février au 25 mars 2006, dans une mise en scène de Bruno Boëglin, Bernd Sucher se produit à nouveau aux ateliers Berthier avec Astrid Bas et Hervé Briaux, le 4 mars 2006, pour présenter sa vision personnelle de la vie et l'oeuvre d'Anton Tchekhov.
«Tchekhov est à placer au même rang que Shakespeare», affirme Bernd Sucher. «Il décrit la vie même, qui s’explique aussi peu qu’on explique une carotte. Ses pièces sont des comédies sur la terrible dérision de l’existence. Sur le désir et la déception. Mais on méconnaîtrait Tchekhov si l’on passait à côté de la profonde humanité qui le distingue. Il était intègre et génial – rare conjonction.»
La comédienne Astrid Bas est ancienne élève du Conservatoire National Supérieur d'Art Dramatique (promotion 1996) et de l'Ecole du Théâtre National de Strasbourg (Jeune théâtre national 1998-1999). Elle a travaillé au Théâtre avec entre autres Alain Ollivier, Anatoli Vassilieff, Frédéric Fisbach, Yves Beaunesne. Elle jouait récemment en 2004-2005, dans la pièce « La Rose et la Hache », d’après Richard III de Shakeaspeare, mise en scène par Georges Lavaudant, et Ecrire/Roma mis en scène par Jean-Marie Patte. Elle a mis en scène en 2003 Matériau Platonov aux Ateliers Berthier.
Hervé Briaux, qui jouait le rôle de Gaston d’Orléans en 1992 dans le film « Louis, enfant Roi » réalisé par Roger PLANCHON, sera à l’affiche des Ateliers Berthier du 4 au 20 mai 2006, dans une mise en scène théâtrale d’un roman de Thomas Bernhard, "Des arbres à abattre" , réalisée par Patrick PINEAU.
Nicole Taubes est née à Paris où elle obtient tout d'abord une licence de biologie à la Sorbonne. Désirant s'imprégner de la langue et de l'histoire allemandes, elle postule et obtient (1962) un poste de " Diplomantin " à l'Institut für Allgemeine Biologie, à Berlin-Est. Elle restera 12 ans dans cette ville, mais changera de profession et trouvera très vite son "véritable but, la destination secrète de son voyage" comme elle le dit elle-même, i.e. la traduction. D'abord la traduction technique, ou généraliste, mais depuis 1992, membre de l'Association des Traducteurs Littéraires de France, Nicole Taubes se consacre entièrement à la traduction littéraire et obtient en 1998 le prestigieux Prix Gérard de Nerval de la traduction, décerné par la Société des Gens de Lettres à l'occasion de la parution de sa traduction chez José Corti de La Nef des fous de Sébastien Brant, ouvrage qui connaît en 2004 sa 2e édition.
Irène Weber-Henking
Les deux traductions des lectures de Bernd Sucher réalisées par Nicole TAUBES : « Les Passions de Bernd Sucher : Henrik Ibsen » et « Bernd Sucher, Tchekhov et passions : le sourire sous les larmes ».

Une biographie de Tchekhov et la chronologie de sa vie.
Une critique de cette lecture de Bernd Sucher sera prochainement ajoutée à ce texte...
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11.02.2007
Biographie d'Anton Tchekov
Anton Tchekhov (1860-1904)
Anton Tchekhov, qui est né en 1860, entreprend des études de médecine à Moscou tout en subvenant aux besoins de sa famille. A partir de 1880, il écrit des nouvelles dans un journal humoristique et son premier recueil, Les récits bariolés, est publié en 1886. Suivent deux pièces de théâtre qui vont le rendre célèbre, Ivanov (1887) et Oncle Vania (1900). L'hémoptysie, dont il se sait atteint depuis dix ans, le touche à nouveau. Il interrompt ses voyages et s'installe à Yalta avec sa femme et ses enfants. C'est à cette époque qu'il écrit trois de ses pièces les plus célèbres: La Mouette, Les Trois sœurs, La Cerisaie. Il s'éteint lors d'un séjour en Allemagne en juillet 1904. Il est sans conteste un maître de la nouvelle et a aussi révolutionné le théâtre russe. Ses pièces sont celles d'un témoin lucide, cruel mais toujours impartial. Il s'attache à montrer les destins tragiques et quotidiens d'antihéros qui resteront à jamais dans l'imaginaire universel.
Né en 1860 à Taganrog en Crimée, fils de marchand et petit-fils de serf, Anton Pavlovitch Tchekhov fut élevé dans cette ville avant de faire des études de médecine à Moscou. Il délaissa pourtant ses études pour la littérature et commença par publier des contes humoristiques avant de trouver sa voie, celle de romancier et dramaturge passionné par les brûlants problèmes de la personnalité et de la vie humaine. En 1988, parut sa première pièce Ivanov. Il passa de nombreuses années dans sa petite propriété de Mélikhovo, proche de Moscou, ou il écrivit la plus grande partie de son œuvre. Après être tombée au théâtre Alexandrinski de Saint-Pétersbourg, sa pièce la Mouette connu un succès remarquable au Théâtre d'Art de Stanislavski et de Némirovitch-Datchenko de Moscou. Cette pièce scella la collaboration fructueuse entre ces trois hommes au Théâtre d'Art où virent le jour l'Oncle Vania (1899), les Trois Sœurs (1900) et la Cerisaie (1904). Entretemps, Tchekhov, atteint de la tuberculose, dut se retirer en Crimée d'où il se rendit à plusieurs reprises en Allemagne et en France pour se faire soigner. En 1903, il se maria avec Olga Knipper, jeune actrice du Théâtre d'Art qui interpréta le rôle de Liobov Andreevna dans la Cerisaie. Tchekhov mourut en 1904 à Badenweiler en Allemagne lors d'un voyage de cure.
http://www.comedie-francaise.fr/biographies/tchekhov.htm
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Écrivain russe, Tchekhov est né à Taganrog 1860 et est décédé à Badenweiler en Allemagne en 1904.
Sa biographie se résume à quelques dates dans un calepin et beaucoup de pages blanches. Il ne se passe rien ou à peu près rien dans la vie de l’écrivain, comme il ne se passe rien ou à peu près rien dans son théâtre.
Une enfance triste dans une bourgade reculée, des études de médecine, une impérieuse vocation littéraire, quelques voyages à l’étranger, des séjours en sanatorium, un mariage sur le tard : bref une vie sans histoires, une vie de routine, partagée entre le travail, les factures à régler et les médicaments.
Sur ce fond de grisaille l’homme souffre continuellement, rongé par un mal inexorable, la tuberculose. Il tousse et crache le sang ; le visage fin et bon, la bouche légèrement moqueuse expriment la mélancolie, et les rides trahissent la crispation de la souffrance. Cette vie ne tient qu’à un fil. Mais chaque instant, si douloureux soit-il, est une victoire sur la maladie. Chaque souffle d’air, le frémissement des feuilles, le bruit des pas sur la neige sont un miracle de la vie.
Nul n’a éprouvé aussi bien que Tchekhov la tristesse désespérante de ces mornes journées où la maladie ne laisse pas de répit, la solitude, le dégoût devant la médiocrité du monde, le tragique à la fois social et métaphysique de la condition humaine ; mais nul n’a connu aussi bien que lui le prix de cette succession d’instants arrachés à la mort.
" Dans mon enfance je n’ai pas eu d’enfance ". Le petit garçon qui garde la boutique d’épicerie que tient son père, en veillant tard dans la nuit, a déjà sur le monde un regard d’adulte. Entre deux devoirs rédigés à la lueur des bougies, il observe les passants et écoute leurs conversations, tout en luttant contre le sommeil.
Le père, fils de serf libéré, est un homme sévère, violent, qui passe ses colères en maniant le fouet et, l’instant d’après, s’agenouille devant les icônes. On suit très régulièrement les offices chez les Tchekhov, on est confit en dévotions. L’église, la boutique, le lycée, une atmosphère de brutalité et de bigoterie, tel est le cadre où grandit le jeune Anton.
En 1879 Anton s’inscrit à la faculté de médecine à Moscou où il terminera ses études en 1884. Les Tchekhov vivent pauvrement et logent dans un sous-sol humide. Les frères aînés boivent et se dissipent. Anton a la charge des siens et améliore l’ordinaire en publiant quelques brefs récits dans un petit journal humoristique.
En 1880, à vingt ans, Tchkhov a publié neuf récits, 5 ans plus tard il atteindra le chiffre de 129 articles et nouvelles !
Mais cette littérature " alimentaire " payée 68 kopecks la ligne compte moins dans sa vie que la médecine. Il écrit ses contes trois heures par jour, sur le coin de la grande table où est servi le samovar, au milieu des éclats de rire de ses frères et de leurs camarades. Ses sujets appartiennent à la vie de tous les jours, qu’il observe de son regard moqueur. Sa facilité tient du prodige.
" La médecine est ma femme légitime, écrit-il, la littérature, ma maîtresse. Quand l’une m’ennuie, je vais passer ma nuit avec l’autre ".
Bientôt Tchekhov devient une gloire de la Russie. Il reçoit le prix Pouchkine ; on le courtise, on l’adule, et le public l’aime. Et pourtant combien il est difficile de connaître cet homme de 28 ans, déjà las et déçu, qui se livre si peu. De sa vie sentimentale, on ne sait rien ou presque, en dehors d’une brève aventure d’adolescent avec une jeune paysanne et de son tardif mariage avec l’actrice Olga Knipper.
" Le chantre de la désespérance " écrivait Léon Chestov et il ajoutait " Il a tué les espoirs humains 25 ans durant; avec une morne obstination il n’a fait que cela ". Que reste-t-il lorsque le voile des illusions s’est déchiré ? Le vide, le tragique dérisoire du néant.
Les pièces de Tchekhov se déroulent dans le cadre de la province, une province morne et routinière, où les seuls événements sont le défilé de la garnison, les conversations plus ou moins médisantes autour d’un samovar, le passage du docteur ou de l’inspecteur des impôts, une province qui ressemblerait à une eau morte, que trouble un instant, comme le jet d’une pierre un événement inopiné ; quelques rides à peine, et la vie reprend. Mais, souterrainement, tout se défait dans la dérive de la vie et l’usure du temps.
Et pourtant ce monde désenchanté reste imprégné de grâce et cet écrivain impitoyable pénétré de tendresse. Une flambée de poésie éclaire cette société finissante. Gorki écrivit à Tchekhov " Vous accomplissez un travail énorme avec vos petits récits, en éveillant le dégoût de cette vie endormie, agonisante…. Vos contes sont des flacons élégamment taillés, remplis de tous les arômes de la vie. ". Si Tolstoï refusait à Tchekhov tout talent de dramaturge, il le tenait pour un remarquable conteur.
On se tait dans le théâtre de Tchekhov et " l’on s’entend se taire ". Chaque silence, rythmé par l’horloge, marque le temps qui s’écoule, d’une exceptionnelle densité. Dans l’oisiveté de la vie de province, chaque seconde compte. Chaque instant de présent est nourri de passé et condense en lui plusieurs années de désespoir et de révolte, de nostalgie ou d’ennui…
Le temps tchékhovien ne mûrit pas les personnages. Il les défait, il les dépossède de leur être, il émousse leurs sentiments. Le temps est une blessure – impossible de vivre au présent, ce présent absurde et lourd de regrets, les hommes sont condamnés à vivre au passé ou au futur antérieur. " Je n’aime plus personne " soupire Astrov, le médecin d’Oncle Vania. La seule vie possible est la vie rêvée, la vie du souvenir, de la nostalgie ou encore la vie d’un futur lointain et utopique.
A part Pouchkine, Tchekhov est à peu près le seul des plus grands écrivains russes à ne pas proposer de recette pour sauver le monde. Quant à philosopher sur l’existence de Dieu et l’immortalité de l’âme, il n’y songe même pas. Sa philosophie c’est la compassion. Il éprouve une intense compassion pour ses personnages
Gorki a écrit : " Personne n’a compris avec autant de clairvoyance et de finesse le tragique des petits côtés de l’existence ; personne avant lui ne sut montrer avec autant d’impitoyable vérité le fastidieux tableau de leur vie telle qu’elle se déroule dans le morne chaos de la médiocrité bourgeoise ".
Ce qui caractérise le talent révolutionnaire de Tchekhov est cet art de suggérer les émotions et la qualité d’une atmosphère dans une langue dépouillée et transparente. Et c’est ainsi que ce monde désenchanté, fait d’élans impuissants, de désespoirs rentrés reste imprégné de grâce : une poignée de poésie éclaire cette société finissante, le rire d’un enfant ou la beauté d’une femme.
Rosanna Delpiano
http://www.alalettre.com/international/tchekhov-intro.htm
Bibliographie :
La grande encyclopédie Larousse
Tchekhov d’Henri Troyat, éditons Flammarion
Tchekhov, Nouvelles, édition Classiques modernes, La Pochothèque, Préface Vladimir Volkoff
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Anton Pavlovitch Tchekhov est né le 17 (30) janvier 1860 à Taganrog (Crimée) et mort le 2 (15) juillet 1904 à Badenweiler (Allemagne). Tchekhov peut être considéré comme l'un des plus représentatifs parmi les grands romanciers russes du XIXe siècle, bien qu'il fût de tous le plus ouvert aux influences modernes les plus diverses. Élevé dans une famille peu fortunée et de mœurs fort simples dont le chef, Pavel, modeste marchand, était le petit-fils d'un paysan-serf, Tchekhov termina ses classes à Taganrog, où il était resté seul, après le départ de sa famille pour Moscou. De 1879 à 1884 il fit sa médecine à l'Université de cette ville. Toutefois, depuis plusieurs années déjà, il s'intéressait plus à la littérature qu'à ses études et finalement délaissa celles-ci, se faisant rapidement connaître par des contes humoristiques publiés dans différentes revues et, en volume, pour la première fois en 1886, sous le titre Récits divers.
Encouragé par l'écrivain Grigorovitch et par Souvorine, le directeur du plus grand quotidien russe, Le Temps nouveau, avec qui il fut lié d'une cordiale amitié pendant de longues années, et s'étant libéré des formes un peu rigides du récit humoristique, Tchekhov trouva sa véritable voie, celle de romancier, qu'intéressent les plus brûlants problèmes de la personnalité et de la vie humaine. En 1887 parut un récit caractéristique : La Steppe, écrit en même temps que le drame Ivanov, la première de ses pièces qui connut le succès, après plusieurs tentatives malheureuses. L'existence de Tchekhov, à partir de ce moment-là, ne comporte plus d'événements saillants, à l'exception d'un voyage jusqu'à l'île Sakhaline, fait par la Sibérie à l'aller, et le long des côtes de l'Inde au retour. Il laissa des documents sur ce périple dans ses nouvelles L'Ile Sakhaline (1891) et En déportation (1892). Durant la famine qui, en 1892-93, dévasta la Russie méridionale, il prit part à l'œuvre de secours sanitaire. Ensuite il passa de nombreuses années dans sa petite propriété de Mélikhovo, proche de Moscou, où il écrivit la plus grande partie de ses nouvelles et de ses pièces les plus célèbres. Atteint de tuberculose, il dut s'installer en Crimée, d'où, à plusieurs reprises, pour se soigner, il se rendit en France et en Allemagne.
Vers la fin du siècle, deux événements se produisirent dans sa vie qui semblèrent en modifier le cours : son orientation nouvelle vers la gauche qui l'éloigna de son ami Souvorine, conservateur, et le succès de sa pièce La Mouette, au théâtre d'art de Stanislavski et Némirovitch-Dantchenko. L'une des autres conséquences de ses nouvelles opinions fut le geste qu'il accomplit à l'exemple de Korolenko : il démissionna de l'Académie qui, après avoir nommé Gorki membre honoraire, annula cette nomination sur l'ordre du gouvernement. Le succès de La Mouette vint, à l'improviste, persuader Tchekhov de ses capacités d'auteur dramatique, alors qu'il en avait douté à la suite de la chute de cette même pièce au théâtre Alexandrinsky de Saint-Pétersbourg. La Mouette fut suivie avec un égal succès de l'Oncle Vania (1897), des Trois Sœurs (1900, jouée en 1901) et de la Cerisaie (1904). Entre-temps, le nombre de ses récits auxquels il dut de gagner une popularité toujours croissante en tant qu'interprète des dispositions et des états d'âme de son temps s'était considérablement augmenté. Dans ses pièces comme dans ses nouvelles, on relève une atmosphère spéciale, que Korolenko a excellemment définie comme l'état d'âme d'un joyeux mélancolique. La pleine appréciation de la valeur artistique de l'œuvre de Tchekhov n'est venue que plus tard ; toutefois, il convient de rappeler l'admiration que professèrent pour lui Léon Tolstoï et Maxime Gorki, ainsi que l'influence qu'il exerça hors de Russie, sur Katherine Mansfield par exemple.
http://www.ac-strasbourg.fr/pedago/lettres/lecture/Tchekovbio.htm
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