11.02.2007
La Russie de Tchékhov 1860-1904 - Histoire politique
Anton Tchékhov nait en 1860, cinq ans après le début du règne d'Alexandre II, et a 21 ans au moment de sa mort en 1881 d'un assassinat. Il s'éteint à l'âge de 44 ans, peu avant la Révolution de 1905.
Alexandre II Nicolaevitch accède au trone à la mort de son père, le 2 mars 1855. Après avoir mis fin à la Guerre de Crimée en 1856, il tente d'adapter la monarchie russe en faisant de grandes réformes. En 1861, il signe et proclame la loi d'émancipation des serfs. En 1864, il crée une nouvelle administration juridique s'inspirant du modèle français, élabore un nouveau code pénal et simplifie les procédures civiles et criminelles. Il réforme également l'éducation et donne un nouvel essor à la vie économique en développant le réseau ferroviaire. En 1870, il donne aux districts ruraux et aux grandes villes une autonomie s'appuyant sur des assemblées élues possédant un droit restreint concernant la taxation, et crée une nouvelle police rurale et municipale sous la direction du Ministère de l'Intérieur. En 1874, il réorganise l'armée et la marine.
Devenu l'allié de l'Allemagne qui l'aida à réprimer la révolte polonaise de 1863, il entre en guerre contre l'Empire ottoman en 1877. Vainqueur des Ottomans en 1878, mais abandonné par Bismarck, il doit signer le traité de Berlin qui limite les ambitions russes. Parallément, il achève la conquête russe en Asie centrale.
Cependant, le peuple demande de meilleures conditions de travail et les minorités plus de libertés. Lorsque les radicaux se forment en sociétés secrètes, l'agitation révolutionnaire qui commence à gagner le pays le contraint à prendre des mesures sévères de répression et le pousse à adopter une politique absolutiste. Mais il retrouve le chemin de la réforme avant sa mort.
Alexandre II survit à de nombreuses tentatives d'assassinat, en 1866, 1873, 1879 et 1880. Mais il succombe à l'ultime attentat, le 13 mars 1881 à Saint-Pétersbourg. Il est touché par une grenande artisanale lancée par un révolutionnaire polonais, et s'éteindra quelques heures plus tard.
Son fils Alexandre III lui succède.
Un autocrate sans concession
Alexandre fut par ce dernier évènement tragique définitivement déterminé à mener une politique inverse de celle de son son père. Il annula l'oukaze avant même sa publication et indiqua dans le manifeste annonçant son accession au trône qu'il maintiendrait l'autocratie héritée de ses ancêtres sans aucune concession. Par la suite cette déclaration ne fut jamais infirmée.
Il réforma dans le domaine de la politique intérieure de manière à corriger les héritages trop libéraux du précédent règne. De là provient sa réputation de souverain "rétrograde".
Pour lui, la survie de la Russie aux désordres anarchiques et à l'agitation révolutionnaire ne passait pas par des institutions parlementaires et par le libéralisme mais tout au contraire par trois principes fondateurs hérités de ses pères : nationalisme, orthodoxie et autocratie. Il entreprit ainsi de supprimer tout ce qui ne participait pas à ces références uniques — et cela incluait par exemple les régimes d'autonomie de ses sujets allemands, polonaires ou encore finnois.
Dans les provinces, il limita les déjà faibles responsabilités du zemstvo (une administration locale élue) en les mettant sous l'autorité de propriétaires terriens nommés par le gouvernement. Plus généralement, il chercha à centraliser l'administration sous son contrôle personnel.
Sa politique suscita l'opposition des révolutionnaires. Ainsi, en 1887, le groupe nihiliste "La Voix du Peuple" qui avait déjà assassiné son père planifia l'assassinat d'Alexandre III. Parmi les conspirateurs capturés se trouvait un certain Alexandre Oulianov, condamné à mort et pendu le 5 mai 1887. Alexandre Oulianov était le frère de Vladminir Ilitch Oulianov, connu plus tard sous son pseudonyme de Lénine.
Une politique étrangère pacifique
Le rapprochement avec la France :
En matière de politique étrangère, Alexandre III fut un homme de paix, mais pas de paix à n'importe quel prix. Il suivit en tout temps le vieil adage romain Si vis pacem, para bellum, et chercha ainsi à éviter la guerre en y étant préparé. Indigné par la politique de Bismarck vis à vis de la Russie, il s'abstint de rompre les relations avec l'Empire allemand, faisant même pendant une période revivre l'alliance des trois empereurs du temps d'Alexandre Ier.
Ce ne fut que durant les dernières années de son règne, quand Mikhaïl Katkov eut acquis une certaine influence sur lui qu'il adopta envers Berlin une attitude plus hostile, allant même jusqu'à placer des nombreuses troupes à la frontière russo-allemande. Il établit dans le même mouvement des relations cordiales avec la France.
Le pont Alexandre-III, franchissant la Seine à Paris, était destiné à symboliser l'amitié franco-russe conclue entre le tsar Alexandre III de Russie et le président de la République Sadi Carnot. La première pierre fut posée par son fils, le tsar Nicolas II de Russie en 1896 et il fut inauguré en 1900 à l'occasion de l'Exposition universelle de Paris. Il relie l'esplanade des Invalides aux Petit et Grand Palais.
Une politique étrangère modérée en toute occasion
Concernant la Bulgarie, malgré l'indignation provoquée en lui par les efforts du prince Alexandre et ensuite de Stambolov de saper l'influence russe dans la principauté, il écarta systématiquement toute proposition de recourir aux armes.
En Asie centrale il continua la traditionnelle politique d'expansion de la domination russe, en veillant toutefois à ne pas provoquer de conflit avec le Royaume-Uni. Jamais les belliqueux qui l'entouraient ne furent autorisés à mener une politique aventureuse.
Après un court règne de 13 années, Alexandre III mourut à Livadia le 1er novembre 1894. Son fils Nicolas Alexandrovitch lui succéde sous le nom de Nicolas II.
Nicolas II et Alexandra Feodorovna eurent cinq enfants : un fils, le tsarévitch Alexis Nicolaïevitch (1904-1918) et quatre filles, Olga Nicolaïevna (1895-1918), Tatiana Nicolaïevna (1897-1918), Maria Nicolaïevna (1899-1918) et Anastasia Nicolaïevna (1901-1918).
Mal préparé à assumer ses fonctions, Nicolas II est considéré par les historiens comme un homme faible, sans volonté, subissant constamment l'influence de son épouse (à laquelle il voue un amour sans faille) ou de ses conseillers, ou encore de son entourage plus large (comme Raspoutine). Jugé entêté, incapable de refus, il était trop délicat et bien élevé pour se déterminer grossièrement et, plutôt que refuser, préfèrait se taire.
Son épouse, Alexandra, était méprisée par les Russes en raison de ses origines allemandes mais aussi de l'amitié qu'elle vouait à un moine, Grégori Raspoutine, qui devint l'intime de la famille impériale : capable de guérir les crises d'hémophilie dont souffre le tsarévitch Alexis, Raspoutine acquit une très grande influence sur le Tsar et sur son épouse avant d'être finalement assassiné par une conjuration de hauts-dignitaires ( le docteur Pourichkevtch et le prince Youssoupov ).
Conservateur, Nicolas II se considérait comme le maître absolu de la terre russe et entendait, dès son avènement, poursuivre la politique menée par son père, fondée sur le maintien de l'autocratie ; autocratie qu'il avait juré lors de son couronnement de défendre.
En 1902, Nicolas II confia au comte Plehve le ministère de l'Intérieur ; qu'il éprouvait de la sympathie pour les idées constitutionnelles, Plehve développa une politique très conservatrice.
Le développement économique [modifier]
À son avènement, Nicolas II révoqua les ministres de son père à l'exception du ministre des Finances, Serge Witte, qu'il chargea d'achever la réforme financière engagée sous le règne d'Alexandre III afin d'assurer la parité monétaire. Malgré leurs divergences de caractère, Nicolas II approuva la politique de développement économique intensif menée par son ministre.
Le 3 janvier 1897, le rouble-or est restauré. La principale pièce d'or est l’impérial (d'une valeur de 15 roubles) ; on frappe aussi un demi-impérial (7 roubles cinquante kopecks). Cette remise en ordre du système financier donna une nouvelle impulsion au développement de l'industrie, et surtout l'industrie lourde.
Les progrès réalisés dans le domaine du développement économique entraînèrent cependant des mouvements sociaux, ainsi qu'un essor de la culture russe. Nicolas II refusa de voir ces conséquences de la politique économique qu'il soutint et s'efforça de maintenir les fondements de son pouvoir absolu.
Politique intérieure [modifier]
Sur le plan intérieur, Nicolas II ne s'écarta pas de la politique conservatrice de son père, Alexandre III : sa première déclaration publique, lors de son avènement, condamna les zemstvo tolérés par Alexandre III.
En 1897, il envoya le général Golitsyne russifier les provinces du Caucase ; en 1898, il nomma gouverneur général de Finlande Nikolai Bobrikov, qui entreprend de russifier la population.
Politique extérieure [modifier]
Déterminé à conquérir des ports sur les mers chaudes, Nicolas II engagea la Russie dans une politique expansionniste, qui s'exprima tout d'abord au détriment de l'Empire Ottoman et du Japon :
* En 1896, il recommanda à son ambassadeur à Constantinople d'envisager l'annexion du Bosphore par la Russie, expédition à laquelle il renonça ensuite sous l'influence de Witte. Nicolas II, poursuivant probablement le vieux rêve de reconquérir l'Empire byzantin songeait à prendre Constantinople, ce que l'État de l'homme malade de l'Europe (l'Empire ottoman) lui aurait sans doute permis et à ouvrir ainsi à la Russie un port sur la Méditerranée.
* Il chercha ensuite à étendre la Russie vers l'Extrême-Orient, afin notamment de s'ouvrir sur les mers chaudes du Pacifique. Il fut ainsi favorable à un partage de la Chine par les puissances occidentales qui dépeçaient lentement l'empire du Milieu (Guerre des boxers) et de la Corée, afin d'acquérir un port qui ne soit pas pris dans les glaces et qui pourrait permettre à la flotte russe de silloner le Pacifique. Cette ambition inquiétait le Japon qui, le 26 janvier 1903, attaqua l'escadre russe amarrée à Port-Arthur : c'est le début de la Guerre russo-japonaise, qui s'acheva par la défaite de la Russie en 1905.
* Dès 1896, il continua la politique spectaculaire de rapprochement avec la France entreprise par son père Alexandre III, qui eut pour conséquence l'établissement de la "Triple Entente" entre la France, l'Angleterre et la Russie. Des liens financiers étroits se nouèrent avec la souscription des "emprunts russes", destinés à financer le développement économique de la Russie : la France voit en la Russie le "rouleau compresseur" qui pourrait l'aider, en cas de guerre contre l'Allemagne, à récupérer l'Alsace-Lorraine.
* Assimilant les coptes à des orthodoxes, il s'intéressa à l'Éthiopie : en 1893, les Églises orthodoxes et éthiopiennes signaient des accords et, en 1900, le général Leonteov était nommé protecteur général des possessions équatoriales de l'Éthiopie.
* Son règne vit également la dégradation des relations entre la Russie et l'Allemagne, les pangermanistes allemands et autrichiens menant une politique antirusse et antislave.
L'Empire constitutionnalisé (1905-1914) [modifier]
La défaite de 1905, face au Japon, fragilisa Nicolas II qui ajoutait à ses autres problèmes la réputation d'un empereur vaincu ; symboliquement, il ne pouvait plus prétendre à être le bon protecteur de la Russie. De plus, le développement économique renforça la question agraire.
Dès 1904, les administrations provinciales attiraient l'attention de Nicolas II sur « plusieurs questions d'ordre étatique général » mais ces requêtes furent écartées par le tsar, qui considérait que les problèmes de l'État ne concernaient pas les administrations provinciales.
Progressivement, des troubles apparaissent dans les campagnes (incendies de propriétés, grèves) et principalement dans les marches de l'Empire (Pologne, Sibérie, Caucase, Finlande, Petite-Russie) obligeant le gouvernement à décréter l'état de siège.
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